photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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Des golfeurs et golfeuses auraient-ils, sans le savoir, joué leur dernière partie au Belle-View à l’automne 2025? Ce golf estrien, fondé en octobre 1930, vient d’être vendu à des investisseurs qui ont décidé d’immédiatement le fermer pour en changer la vocation.

Le terrain de golf a été cédé le 27 mars dernier au coût de 875 000 $ à une société à numéro représentée par l’homme d’affaires magogois Stéphane Bourque. Propriétaire d’une pizzeria Johnny dans la région de Sherbrooke. Les deux autres actionnaires sont Luc Martin, résident de Cleveland et Kevin Skillen, résident de Richmond.

Situation inusitée : environ le tiers du terrain de golf est situé sur le territoire de la municipalité de Melbourne alors que les deux-tiers sont situés à Richmond.

Une affichette au look antique, à l’entrée du club, présente une situation bien actuelle : le club de golf est désormais fermé.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Objectif : projet immobilier

Le Val-Ouest a tenté de joindre, sans succès, les nouveaux propriétaires. Selon les informations obtenues par d’autres sources, les trois actionnaires auraient acheté le terrain avec pour objectif de mettre de l’avant un projet immobilier.

Le golf et le restaurant sont fermés, des employés ont été mis à pied et de l’équipement de golf est présentement à vendre. De même, la page Facebook du golf et du restaurant n’est plus accessible.

Les voiturettes du club de golf sont présentement à vendre sur Internet.  (photo tirée de Marketplace)

Bien que ces gens d’affaires souhaitent changer la vocation du lieu, le projet est actuellement impossible, compte tenu du zonage.

La portion à Richmond est en zone récréative (REC-5). Elle permet des usages récréatifs tels que : parcs, terrains de jeux, espaces verts et plans d’eau. La portion dans le Canton de Melbourne bénéficie quant à elle d’un zonage d’espace vert (EV-1) qui limite les usages aux infrastructures d’utilité publique et aux terrains de golf.

Est-ce la fin de ce golf presque centenaire?  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Nous ne voulons pas changer le zonage»

Si les trois propriétaires souhaitent bel et bien aller de l’avant, ils devront donc convaincre deux municipalités de changer leurs règlements de zonage.

Une partie qui est loin d’être gagnée. Le maire de Richmond, Kevin Stoddard, reconnait avoir discuté avec un des propriétaires. La municipalité n’a toutefois reçu aucune demande officielle de la part des investisseurs.

«Même s’il y a éventuellement une demande de changement de zonage, la position du conseil municipal est unanime. Nous ne voulons pas changer le zonage», fait-il savoir.

Douglas Morrison, maire du Canton de Melbourne, confirme lui aussi avoir discuté avec les investisseurs. Sa municipalité n’a pas reçu non plus de demande officielle. Le conseil municipal en a discuté lors de sa rencontre du 20 avril dernier. «Notre position est que nous ne changeons pas de règlement pour l’instant.»

Pour Douglas Morrison, il est dans l’intérêt des deux municipalités de travailler dans le même sens, compte tenu des liens étroits qui les unissent.

Kevin Stoddard, maire de Richmond, indique que sa municipalité ne souhaite pas changer son zonage.  (photo : Studio Vicky Bombardier / MRC du Val-Saint-François)

Du développement possible… ailleurs

Le maire du Canton de Melbourne rappelle le schéma d’aménagement de la MRC est encore en révision pour l’instant et que ces orientations guideront le développement de sa municipalité.

«S’il y a éventuellement des développements domiciliaires à Melbourne qui répondent aux critères gouvernementaux de densification, ça se passera ailleurs sur le territoire de la municipalité. Mais pas à cet endroit-là.»

Il ajoute :

«Nous sommes tous attristés de savoir que les nouveaux propriétaires ne veulent pas exploiter le golf. Parce que, pour nous, c’est un très bel espace vert qui est là depuis des générations. »

Il indique d’ailleurs que le futur schéma d’aménagement va privilégier la préservation des espaces verts dans les municipalités, ce qui est le cas d’un site comme le terrain de golf.

En contrepartie, Douglas Morrison se dit parfaitement conscient que les propriétaires peuvent choisir, dans le respect des règlementations, de faire ce qu’ils veulent avec la propriété qu’ils ont achetée.

«Ces acheteurs ont avancé des fonds et ont payé le prix. Ils ont le droit, comme propriétaires, de décider de ne plus exploiter le golf. On ne peut pas les forcer.»

Douglas Morrison, maire du Canton de Melbourne, indique que sa municipalité tient une position commune avec Richmond dans ce dossier.  (photo : Studio Vicky Bombardier / MRC du Val-Saint-François)

Une pétition pour sauver le golf

Cette situation a suscité une mobilisation citoyenne dans cette région qu’on surnomme le «Pays de l’ardoise».

Marc Renaud est citoyen du Canton de Melbourne et membre du Golf Belle-View. Il a démarré au cours des derniers jours une pétition. Qui recueille, au moment de publier cet article, 649 signatures et 96 commentaires.

«Le Club de Golf Richmond Melbourne est un atout communautaire précieux depuis 1930 — près de 100 ans de loisirs, d’espace vert et d’emplois locaux. La fermeture récente du terrain de golf et du restaurant a entraîné la perte immédiate de 14 emplois et a nui à notre économie locale», peut-on lire dans le libellé de la pétition.

Selon lui, bien que le golf ne comptait que 75 membres, le lieu possède des atouts pour assurer sa viabilité et sa continuité. Tel que le restaurant Le Chalet Belle-View, qui se démarquait pour la réputation de sa table et la vue exceptionnelle de sa terrasse.

«Du côté des membres du golf, nous croyons qu’avec une bonne gestion et un bon marketing, ce terrain de golf peut continuer de fonctionner.»

Le restaurant Le Chalet Belle-View se démarquait pour la réputation de sa table et la vue exceptionnelle de sa terrasse. (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Essayons ensemble de trouver une solution»

Depuis qu’il a démarré la pétition, Marc Renaud constate à quel point la situation attriste de nombreuses personnes. Il affirme que plusieurs citoyens se sentent interpellés à préserver le lieu, au-delà de la seule question du golf.

«Le site offre l’une des plus belles vues de la région. Ça vaut la peine de se battre. Si ce n’est pas un golf, ça pourrait être un parc. Parce que le site est tellement beau et relaxant.»

photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest

Marc Renaud tient à rappeler qu’en 2012, la Ville de Richmond avait refusé un changement de zonage du lieu. Il se dit solidaire avec les deux conseils municipaux.

«Nous supportons les élus de Melbourne et de Richmond qui disent non au changement de zonage. Essayons ensemble de trouver une solution à long terme pour le golf.»

Il va jusqu’à proposer des pistes de solutions. «S’ils ne veulent pas exploiter le golf, pourquoi les nouveaux propriétaires ne louent-ils pas le terrain à des gens qui souhaitent continuer à jouer?». Il parle même de la possibilité, pour d’autres investisseurs, de possiblement racheter le terrain et de redémarrer le golf.

Lettres patentes du Belle-View Golf Club Limited, publiées le 25 octobre 1930 dans la Gazette officielle du Québec.  (source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

«Nous sommes tous vraiment déçus»

Le maire de Richmond affiche sa déception face à cette situation.

«Nous sommes tous vraiment déçus de perdre ce golf qui est en opération depuis 95 ans.»

Kevin Stoddard dit espérer que les investisseurs, constatant la réaction citoyenne, réévaluent leurs priorités. Même si, reconnaît-il, les signaux ne semblent pas aller en ce sens pour le moment.

«Je souhaite que la poussière retombe et que tout puisse se passer plus en douceur», glisse-t-il.

(photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

 

 

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